Namotasa Pakawato Arahato Sama Samputtasta
Retournons à la planchette munie de touches, j'ai toutes les clés.
Pour commencer je dois avouer que je ne me serais pas mis à ce texte si il n'y avait pas eu une impulsion et des manifestations d'interêt (direction ouest, l'Allemagne, la Hesse, Giessen...). Donc je vais partager un peu avec vous ma vie dans le wat et mon existence de moine -qui remonte encore aujourd'hui régulièrement (parfois on pense avec repentance "un moment, tu dois t'assoir pour boire" ou bien "non! tu n'écrase pas le moustique sur ton bras, ca pourrais être ton grand-père...")
Commencons par le commencement, ca reste la meilleure méthode.
Pour devenir un Nen -je n'avais pas encore 20 ans, (je ne les ai d'ailleurs toujours pas !!!), je ne suis donc pas un "Pra" (moine), mais un Nen - il fallait d'abord passer par le stade du Naka. On passe la première nuit dans une robe blanche, mais on est quand même situé au-dessus des "hommes blancs" (quasi des moines laiques, cad des laiques qui dorment souvent au wat et sont encore un peu plus boudhistes que les boudhistes normaux et sont vêtus de blanc); tout était encore si nouveau, si inconnu, et j'étais impressioné et même effrayé par tous ces rituels, car j'étais encore le marginal (le marginal en plein milieu, qui peux dire où est le nord et le sud!) -la nuit tout devant la tribune des moines (il y a toujours une élévation, en fait une marche au bord de la Sala [lieu de réunion avec autel de Boudha], sur laquelle sont assis les moines pour être plus haut), assis de la même facon que les moines...
Oh! Si je veux bien faire les choses pour vous décrire, à vous mes navets bien-aimés, comment se déroule la vie d'un demi-ascète de la 3ième religion du monde, je dois vous expliquer ou vous nommer les petits détails qui nous sont devenus familiers. Je dois donc vous décrire comment on s'asseoit. Nous ne nous avachirons pas comme des occidentaux civilisés - non, bien sûr qu'il faut prendre la position assise de politesse (qu'entre parenthèse j'aime beaucoup utiliser) - évidemment par terre (que faire d'autre, retournons à la nature, les chaises sont inhumaines); une jambe pliée comme en tailleur, mais l'autre dans le même angle s'éloignant du corps (vers l'arrière).
Nous sommes donc assis. Joignons les mains devant la poitrine (bien sûr pas dans le style chrétien, mais serrées l'une contre l'autre) et chantons des Palis (ouah! c'est un son fantastique!) que je devais évidemment apprendre bravement par coeur avant ... (ceci dans les nuits de pleine ou de nouvelle lune, Wan Pra, cad Monksday, simplement deux fois par mois, quand il y a encore plus de gens qui viennent faire des offrandres) heureusement le thai, dont les racines sont le sanscrit ou Pali, nous est familier, donc je n'étais pas complètement paumé... Yata Wari Waha Bura Baribulemdi Sakaralang
Ewa Mewa Idto Tinang Betanang Uba Gaba Dti
... Hai Pon, donner la bénédiction. Il y a eu des matins où je devait le faire... bizarre. Ces gens viennent à nous, font des offrandes de nourriture pour améliorer leur Karma, et recoivent la bénédiction d'un type qui n'est même pas boudhiste. Mais pour eux ca n'a pas d'importance, ca fonctionne d'après le sytème d'une liste (si je fais ca, j'aurai 10% de mérite, pour cette tortue remise en liberté j'irai au ciel, et ce marathon de salutations me protège de coups de balles...)
Bon. C'était l'avant-premier soir. Le lendemain a lieu l'ordination définitive, Buat. Pour cela il nous a fallu faire 3 heures de voiture de notre miniwat vers un autre plus grand où réside le moine-chef d'Ampoe (Ampoe est une sous-province, Thailande est divisé en 76 provinces) (encore un de ces gros moines bouchés qui vous rend rêveur...). J'avais déjà appris à l'avance les 10 Sin ("commandements suprêmes") en pali, et en plus quelques sutras que personne n'a pu vraiment m'expliquer (mais aussi, quelle idée de demander!). Au bout de 20 minutes j'étais passé dans une autre forme d'existence, ayant pour cela récité et répété quelques formules en pali, recu mes vêtements, fais des révérences etc. Luang Dta ("mon" moine) m'avait empaqueté dans mon froc, et voilà, j'étais ready. J'ai par la même occasion grandement amélioré le karma de ma mère, car elle n'a pas le droit, en tant que femme, de pénétrer dans le wat. Bitte bitte, je l'ai fais avec beaucoup de plaisir.
Les 10 jours qui s'ensuivirent se déroulèrent tous -à l'exception de 4 jours, 1 fois "Bpai Tau" (ballade) et 3 jours de jeûne - selon ce très étrange continu de temps et d'espace sans doute spécifique à un wat; les pendules n'ont pas lieu d'être à un tel endroit et la journée de 18 heures (4h.30 - 22h.00) s'écoule de cette facon si bizarre où après coup on ne sait pas CE qu'on a fait, mais pourtant avec l'impression de n'avoir pas gaspillé une seconde dans l'oisiveté...
Comment était organisée une telle journée?
Ici donc l'essai d'établir un tableau représentatif de la vie d'un "Pra's" (ou plutôt d'un "Nen" dans notre cas)
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4h30 - les Nen, cad nous, se lèvent. Les Pra's peuvent encore un peu dormir, nous devons d'abord tout leur préparer, installer les nattes et la vaisselle dans la Sala pour le "channen"(repas) qui s'ensuivra (en fait on dit Gkin pour "manger", mais jamais bien sûr on ne pourrai dire cela pour un moine! Non, il existe en thailandais plusieurs "langues", cad la langue générale, celle pour les moines [comme vous pouvez voir ce ne sont pas seulement des dérivés mais des mots différents], pour le roi, pour les grands-parents etc...
5h30 Maintenant au plus tard tout doit être prêt. Personne n'attend. Il faut avoir mis son Jivorn (le pan de tissu dans lequel on s'enveloppe et on se tortille artistiquement, ce qui est au début d'une difficulté inimaginable). Est-ce-que j'ai déjà fais la remarque que les vêtements monacals doivent toujours être parfaitement attachés (il y a 3 éléments; le Sabong [un "pantalon"], l'Angsa [une bande de tissu pour le haut, qui se met en travers de l'épaule] la ceinture [longue bande de tissu] et donc le Jivorn; [sans doute 4 m de tissu, et ca par cette saison -saison chaude]). Le Baht (écuelle pour les "aumônes"(!)) doit être correctement lavé (en s'asseyant d'une facon bien précise) est accroché au cou et au coude (PAS sur l'épaule, pourquoi j'en sais rien...)
- des petits détails sur le Baht: ce fascinant récipient rond, parfaitement formé d'un morceau d'inox qui crée de supers miroitements (voyez les photos) est le trésor du moine; aie aie aie, horreur si ce truc chute pendant le Bin Tabaht le matin! O-o! moi-même j'ai fais tomber une fois le couvercle, ce qui a provoqué une athmosphère consternée ( mais qui s'y retrouve aussi avec tous ces tissus et draperies et bandes et compagnie enroulés autour de soi; avec le risque que tout lâche d'un coup et tu te retrouves juste vêtu de la peau que la nature t'a donnée...)
5h30 - encore et toujours. Bon. Tous sont prêts, Normalement il faudrait faire les 3 km qui mènent au village à pied (naturellement pied nus), au jour d'aujourd'hui nous nous contentons la plupart du temps du pick-up. Et si on choisit quand même la marche à pied, dur dur pour les pieds! La douleur ne se supporte qu'avec une bonne portion de "n'y pense pas! Pu-To - Pu! To!", car les cailloux pointus s'enfoncent dans tes pieds (et j'ai déjà une plante solide). En plus tu n'as ni le droit de marcher vite, ni celui de balloter des bras, ni encore celui de faire tout mouvement qui puisse te distraire. Le moine doit marcher uniformément, mais surtout rapidement et ne jamais lever la tête de plus de 50 degrés.
6h00 le Bin-Tabaht, la marche aux aumônes, commence. Pour débuter un nouveau défit - réussirons-nous sans problème à faire le changement? car à présent le Baht doit passer du cou à l'épaule, et à peu près 4 m de tissu couleur safran sont en travers du chemin! --------- ca a marché! Se mettre à la queue-leu-leu, bien sûr dans l'ordre du-plus-vieux-au plus-jeune, ce qui m'a placé en 3ème position sur 5 marcheurs (même si avec mon expérience restreinte par rapport aux petits Nens qui sont là depuis le temps respectable d'un mois et demi je devrais marcher derrière... injustice criante, mais c'est la bien-aimée tradition qui l'exige...)
Nous parcourons donc un trajet bien étudié à travers le village, tous les gens sortent sur la rue et tendent une poigné de Kao Niau (riz collant!) et un ou deux sachets d'autre nourriture. Comme durant la procession tu dois te faire des réflexions sur quelque chose, tes pensées se tournent inévitablement vers la question insoluble "qui sera le prochain à prendre les sachets?" Même si ca ne joue aucun rôle, car 100% sont ensuite répartis par les hommes blancs. La plupart du temps on donnait à Luang Dta, celui qui logiquement promettait la plus grande projection de mérite, mais c'était souvent aussi à moi qu'on tendait les aumônes, car j'étais le "Fallang! Pra Fallang!" (sensation absulue).
Là aussi bien sûr tout est à nouveau défini d'avance.Ceux qui donnent se mettent souvent à genoux devant nous, même si ils n'y sont pas obligés, avant de nous donner quelque chose. Évidemment les femmes n'ont pas le droit de nous toucher, donc ici aussi il faut faire attention. Et nous n'avons pas le droit de remercier - j'avais d'ailleurs l'impression d'être le seul à VOULOIR remercier. Les autres prennent leurs airs de vieux-thai-il fait beau-tout-est -normal, et donc mon sourire discret passait la plupart du temps inapercu. La raison: tu dois toujours suivre du regard la main du donneur et donc tout le temps regarder ton Baht (ne croyez pas que tout le monde s'y tenait ...) P.S.: le couvercle doit constamment être ouvert et refermé. Avec une technique pas évidente à deviner (n'imaginez pas que l'on m'ai montré quoique ce soit, ici il faut être autodidacte!) il faut se débrouiller pour que ca ne fasse pas de bruit.
Quelques généralités sur les aumônes: l'acte du don a comme celui de la réception une vertu salutaire et positive (pour le Karma). Donc nous les moines n'avons rien le droit de refuser. Nous n'avons pas le droit non plus de "passer une commande", donc de demander quelque chose de précis à manger (même de nos parents).
6h30 La ronde est terminée. Nous refermons le Baht et le repassons sur le froc (comme je l'ai déjà dis j'ai commis le péché bruyant de faire dégringoler le couvercle le 2ème jour) ... LE Baht - le/la/ [en allemand der/die/das, un de plus n.d.t.] je crois que j'ai essayé tous les articles dans mon texte pour cet objet ... en thai il n'y a pas d'article, même pas une grammaire digne de ce nom (pas de passé, pas de futur. Les pronoms personnels sont inutilisés, pour parler de toi tu ne dis pas "je" mais ton nom, par exemple "je vais bientôt aller manger" = "(Tino) glai ja gkin kao" = (Tino - pas nécessaire)-proche-explétif-manger-riz" ... ouaaaa
7h00 Vider toute la nourriture, défaire le tissu qui enveloppe le Baht et y attacher le pied (en vannerie) (noeud spécial). Nettoyage rituel des pieds, glandouiller jusqu'à ce que les hommes blancs aient tout ordonné les différents plats sur des plateaux (dessert avec dessert, Nam Prig avec Nam Prig, volaille avec volaille...) et attendre les autres laiques.
7h30 À nouveau en Jivorn, cependant avec seulement une manche (différentes techniques d'enveloppement). Assis sur la tribune, chacun sur sa petite natte avec les ustensiles de nutrition. Tous les laiques sont en bas, se passant les différents plateaux. Nous, les moines, nous remettons les plats les uns aux autres (toujours waier avant d'accepter), on prend ce dont on a envie (et comme on ne mange qu'une fois par jour, on prend copieusement) et on met tout ensemble dans son Baht - naturellement là aussi on développe une technique pour éviter que tout se mélange.
7h45 Toute la nourriture est répartie, maintenant on joint les mains devant la poitrine et on donne le Pon (bénédiction). Yata Wari Waha. À la fin différentes litanies (je n'en connais que quelques unes) on est "grahtés" par les laiques (trois fois le front sur le sol). Tous disparaissent et mangent ce que nous n'avons pas pris (généralement une grande quantité).
8h00 Hourra! manger! en suivant à nouveau beaucoup de règles. Tout est calme, nous les moines nous voilà seuls, assis en rang et observant les règlements.
° tu ne dois pas faire de bruits de grattements sur ton Baht.
° tu ne dois mettre qu'une bouchée sur ta cuillère.
° tu dois répartir les Currys (c'est en thailande ce qui accompagne le riz, Gabp Kao) en proportion correcte sur le riz.
° tu n'as pas le droit de grignoter un poulet (par ex.), car:
° tu ne dois pas reposer ce qui a touché ta bouche, de même manière tu ne dois pas mettre la main à la bouche.
° pas de bruit en mangeant! (y compris péter)
Il y en a encore toute une liste, mais ca devrait suffire.
8h30 Le repas est terminé, maintenant tu dois laver ton Baht. Pour ce faire on dépose des pneus exprès au fond du bac, pour éviter que le Baht ne touche le fond du bac. Tu n'as pas non plus le droit d'utiliser une éponge, mais tu te sers de ta serviette. Pour l'essuyage tu t'assieds à nouveau dans la position assis-genoux. Et ainsi de suite.
Comment continuait la journée? C'est vraiment difficile d'y répondre - un vrai mystère. Comme je l'ai déjà dis, je sais que nous n'avons jamais perdu notre temps, mais à la fin de la journée nous étions incapables d'énumérer ce que nous avions fait.
Tout d'abord se préparer en général après le repas. J'ai bien pris ici et là une douche... éventuellement j'ai accroché mes morceaux d'habits pour l'aération (en fait tu ne laves jamais tes affaires et tu portes donc toujours les mêmes choses. Bien que tu aies 2 paires de Sabongs (pantalons), une pour le matin et une pour le travail). Et après ... je crois que nous nous retrouvions toujours dans le Rong-Nam-Ron, cad la salle d'eau chaude, nom prometteur mais ne désignant en fait que le bâtiment (nous avons à côté des Guttis, les maisonnettes des moines sur la montagne, 3 bâtiments) où se trouve la bouilloire et quelques victuailles-permises-après-midi. Donc le bâtiment où nous passions le plus clair de notre temps.
Dans la journée nous avions toujours des travaux à faire. Le wat était en agrandissement, et donc nous nous transformions en ouvriers du bâtiment trimant.
L'après-midi était réservé au sommeil ou à la méditation - ce qui veut dire "travail calme", être seul. En plus Nen Pi et moi avions tous les jours les mêmes tâches: frotter la vaisselle (typiquement thai - après que la vaisselle aie été nettoyée par les Blancs, nous la refrottons [hygiène...] avec un torchon).
La journée avance. Il est à peu près 17h00. "Et maintenant? Je ne me souvient plus..." comme dit le texte d'une chanson de je sais où. Le soir nous buvons du thé, du café, du cacao etc. (les Nen's ne buvaient qu'une Fanta hyper-sucrée... inutile de dire qu'ici en thailande la Fanta n'est pas la même que chez vous. Exactement la même étiquette, de même de la Coca-Cola-Company, mais d'une qualité bien inférieure [si on peut parler de qualité en Allemagne] - ici c'est juste du sucre coloré (rouge vif, vert vif, jaune vif) ... ici on est vraiment dans le "tiers-monde").
La nuit chaque moine se retire dans son petit Gutti personnel et, dans le meilleur des cas, médite. Je n'ai pas pu m'empêcher de lire, d'autant plus que je ne devais pas me pencher sur la religion (le boudhisme avec ses rapports fascinants vis à vis des missionaires), il fallait seulement que je pense "Puto Puto" "inspirer et aspirer" ... bon bon, j'ai de forts doutes que même notre moine supérieur s'y tienne.
C'est donc à peu le déroulement d'une journée. Je n'ai pas tout décrit, je n'ai évoqué qu'une petite partie des règles et des rituels, mais je suis quand même rentré dans le détail. Les pages se remplissent, et je pourrai encore rester trois chapitres dans cette position de barbotage narratif. Cependant je m'arrête consciemment ici, car en fait on a Songkran (fête nationale, jour de l'an boudhiste) et après une super-journée marrante de bataille-d'eau-dans-les-rues, mon frère et moi allons nous replonger dans la mêlée de voitures, Baeng (talc, qui au bout d'une recouvre chaque pore) et eau glaciale. Beuacoup de voitures, beaucoup de copains; et sans oublier les gatoey, les Ladyboys, qui essaient toujours de te draguer avec leur démarche exagérement féminine, se précipitent sur toi et te tripotent fallang-fallang !
Bref, laissons le monde se tourner.
Hier un ange ami m'a fait réaliser que je ne vais plus passer que 37 nuits ici. Un petit rien, continuons notre chemin.
Un léger claquement des doigts et un clignement des yeux.
Bonjour aux fleurs.
Et respectez un peu les petits crocus, qui sorten leurs tendres têtes du sol de la nature.
À bientôt!
On se lit.
Tino.
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